Bonjour

La démarche VIGNES EN TRANSITION est un projet interdisciplinaire de diversification fruitière et agro-environnementale des vignes méditerranéennes.

Pourquoi une telle démarche ?

Les modes de culture actuels de la vigne (monoculture) engendrent le plus souvent les conséquences suivantes :
  • Dégradation et érosion des sols (disparition de la matière organique).
  • Perte de biodiversité, naturelle et cultivée due à la monoculture.
  • Pollutions des nappes phréatiques et du bassin versant (fleuves, lagunes et littoral) par les biocides.
  • Problèmes de santé humaine, liés aux traitements et à la proximité des zones viticoles et zones d’habitations.
  • Aggravation des phénomènes de crue par la disparition de la porosité biologique des sols (tassement donc ruissellement)
  • Augmentation des phénomènes de sécheresse des sols (tassement, évaporation…).
  • Perte de qualité de la production alors que le consommateur recherche des produits sains.
  • Dépendance à d’autres régions ou pays pour l’approvisionnement de produits alimentaires de base pouvant être produit sur place.
De plus le dérèglement climatique, avec l’intensification de périodes de sécheresse et d’événements pluvieux, impacte lourdement le vignoble méditerranéen.
Ces deux problématiques conjuguées (monoculture plus climat) mettent en péril l’avenir écologique donc économique des territoires viticoles.
Malgré un nombre croissant d’exploitation en AB, des usages restreints de biocides, et un intérêt certain des vigneron-ne-s vers une diversification des pratiques, une proportion encore trop faible de producteurs-trices met en œuvre de nouveaux modes de culture sur les 347 000 ha de vignoble méditerranéen français (Occitanie, PACA, Corse).

Vignes en Transition ça consiste en quoi ?

Concrètement, la démarche VIGNES EN TRANSITION propose une méthodologie expérimentale pour basculer d’une monoculture à une polyculture en mettant à profit quatre techniques culturales. Ces techniques sont les suivantes :
  • L’enherbement annuel ou permanent et les engrais verts qui permettent de ne plus déstructurer le sol.
  • L’agroforesterie qui désigne les pratiques associant arbres et cultures, en bordure ou en plein champ et permet, entre autres, d’optimiser la captation de la lumière solaire.
  • Les techniques d’hydratation naturelle qui rendent au sol sa perméabilité.
  • Le pâturage holistique qui redynamise les cycles biologiques du sol et contrôle l’enherbement.
La synergie de ses quatre méthodes permet d’optimiser la productivité des parcelles tout en augmentant leur biodiversité et leur capacité d’auto fertilisation.
En France, des expérimentations sur ces alternatives sont menées la plupart du temps séparément et ne font pas l’objet d’un travail de synthèse et d’articulation des trouvailles. L’un des enjeux de VIGNES EN TRANSITION sera donc de croiser ces alternatives afin de faire émerger une méthodologie holistique efficiente au service des vigneron-ne-s et ainsi d’aggrader la résilience des territoires.
C’est donc ensemble que nous pourrons ainsi co-construire le paysage viticole méditerranéen de demain.
Pierre-Yves PETIT, initiateur et coordonnateur du projet.

Comment ?

La finalité du projet «Vignes en transition» est d’élaborer une méthodologie prototype holistique* de diversification des productions et des techniques, respectueuses de l’environnement, au sein même des vignes de la zone méditerranéenne.
*holistique : qui intègre chaque objet dans la globalité.

Le site pilote du projet est le domaine viticole de Cazalis sur la commune de Vic la Gardiole sur le littoral héraultais. Le domaine, créé en 1816 par l’agronome César Cazalis Allut, se compose de 9 Ha de vignes muscat petit grain en AOC Frontignan (en AB depuis 2005), 3 Ha d’une forêt bicentenaire et 3Ha de landes. Le terroir est argilo-calcaire. Le microclimat spécifique est très asséchant (tramontane et mistral).

L’approche utilisée sera le Keyline Design de Yeomans avec son « échelle de la permanence » afin d’avoir un cadre de réflexion dans un premier temps, puis d’évaluation, et ainsi élargir notre vision pour qu’elle puisse être réellement holistique.

Le projet s’articulera en 3 axes qui s’échelonneront sur 3 ans  minimum: expérimentation / transmission & partage/ synthèse & perspectives.

Axe 1 : expérimentation sur 3 zones dans le site pilote

Zone A terrain existant : Une diversification céréalière ainsi que d’autres cultures associées (arbres fruitiers, plantes aromatiques) seront mises en culture au sein même des vignes déjà implantées et productives depuis plusieurs années (rangs serrés, récolte mécanique).
Zone B Nouvelle parcelle : un jardin d’essai permanent sera implanté selon les courbes de niveau sur 1 hectare composé d’une collection de variétés d’arbres fruitiers méditerranéens associée à la vigne. Les espèces identifiées sont : oliviers, grenadiers, pistachiers, figuiers de barbarie, Jujubiers. Nous y testerons différents paramètres : la rusticité, la productivité, la complémentarité, les modes de culture. Il s’agira d’élaborer de nouveaux modèles de production adaptés au contexte actuel tendant vers le zéro phyto.
Sur l’ensemble du site : des essais d’enherbement peu gourmand en eau seront menés pour mettre fin au binage mécanique et améliorer la fertilité du sol. L’implantation dans la vigne (dans le rang) d’espèces végétales pérennes mellifères et aromatiques méditerranéenne sera pour nous l’occasion d’implanter un rucher témoin. Des animaux (ovins et volailles principalement) seront réintroduits pour le contrôle de l’enherbement notamment. Cette pratique ancienne étant à adapter au contexte actuel.
Autant de productions additionnelles (polyculture) valorisables localement en vente directe et en circuit-court.

Conception d’outils dans l’axe 1 : auto-construction d’outils

Dans le domaine agro-environnemental chaque terroir, chaque choix d’implantation des cultures, chaque stratégie commerciale nécessite un outillage adapté. Pas toujours présent dans le commerce ou bien trop onéreux pour travailler de petites surfaces, des ateliers d’auto-construction de matériel agricole adapté seront conduits avec les vigneron-ne-s.
En effet la conception d’outils (innovation), par un groupe d’agriculteurs-trices ayant des problématiques identiques, permet de résoudre bien des problèmes techniques, de faire face à la spécificité de ces nouvelles pratiques et de gagner en autonomie.
Trois outils seront élaborés en groupe : le semoir en semis direct sous couvert, la moissonneuse étroite, le Rolofaca.
Le semoir en semis direct sous couvert: Fruit de recherche visant à stopper la pratique du labour peu propice à la vie du sol, ce type d’outil est de plus en plus utilisé en grandes cultures .Ce genre de semoir permet de semer sous un couvert végétal permanent et respecte la vie du sol ; il fait peu à peu son apparition dans le vignoble. Dans le contexte du domaine de Cazalis, il devra être adapté à l’étroitesse des plantations et à la nature pierreuse du sol.
La moissonneuse étroite : ce type de machines peu fréquentes est utilisé par des centres d’essais variétaux de l’INRA par exemple. La plantation, en rangs rapprochés de la vigne, ne permet pas la récolte mécanisée de céréales semées en inter rangs si bien que la moitié de la surface des parcelles est non utilisée. De plus, la présence de sarments gène le travail de la machine. Nous adapterons une machine existante car elles sont trop complexes pour être autoconstruites.
Rolofaca : Le  « rolofaca » est un rouleau qui couche la végétation (généralement des engrais verts) au lieu de la broyer ce qui ralentit ou stoppe sa croissance. Il permet de créer un mulch (couverture végétale du sol) qui limite l’évaporation et accumule de la nourriture pour les micro-organismes du sol. Cet outil est à adapter au contexte pierreux du domaine de Cazalis.

Axe 2 : transmission & partage

Un cycle de formation de quatre modules de deux jours sur quatre thèmes sera mené sur l’année 1 pour des groupes de 12 à 15 personnes. Ces formations professionnelles continues seront prises en charge pour les agriculteurs-trices et personnes en cours d’installation par l’OPCA VIVEA entre autre. Les thématiques de la première année pour chaque module sont :

Axe 3 : synthèse et perspectives

Les livrables : pour permettre l’essaimage de ce projet et sa réplicabilité, nous pensons indispensable la diversification des supports de connaissances et de communication, en appui aux cycles de formations proposées et aux ateliers de réseau. Dans cet état d’esprit :

un cahier technique des connaissances acquises sera édité sous un format numérique et papier d’une cinquantaine de pages. Il contiendra notamment une vingtaine de fiches techniques thématiques recto-verso portant sur : la vie du sol, les variétés résistantes aux maladies, les techniques culturales. Mais aussi les retours d’expériences. Il s’agira d’un véritable manuel du vigneron et de la vigneronne en transition.

Le site expérimental au domaine de Cazalis sur lequel tous les aspects du projet seront visibles et ancrés dans la réalité, témoin vivant du travail réalisé.

Un support audiovisuel d’un format de 26 minutes présentera l’expérience vécue par les vigneron-ne-s en transition. Ces dernier-e-s témoigneront de leur réalité et de leur cheminement vers une diversification agro-écologique de la vigne (freins, leviers, motivation, rentabilité). Ce documentaire sera mis en ligne et consultable librement.

La constitution d’un réseau de « Vigneron-ne-s en transition » qu’il conviendra d’animer et de dynamiser par des ateliers thématiques, des visites de sites des un-e-s et des autres et par l’intégration de nouveaux membres.

Un séminaire annuel sera organisé au domaine des Moures (commune de Villeneuve les Maguelone), à proximité du site pilote pour permettre une visite de sites. La méthodologie sera présentée avec ses résultats, les vigneron-ne-s viendront témoigner et partager. Des ateliers en intelligence collective s’attelleront à définir comment démultiplier la démarche au sein des acteurs-trices des filières viticoles et des collectivités territoriales et locales.